Trajectoires et expériences itinérantes dans la région de l’Outaouais

Auteur:
Cyr, Kim
Territoire:
Outaouais

L’itinérance est imbibée de préconceptions et de préjugés :  » les itinérants sont des personnes qui choisissent de ne pas travailler « ,  » ce sont des lâches « , etc. Suite à des expériences professionnelles et personnelles avec des personnes en situation d’itinérance, nous nous sommes intéressée à leur histoire. Concrètement, les questions qui guident notre recherche sont : ‘1) Quelles perceptions les itinérants ont-ils du processus et de la trajectoire qui les ont amenés à la rue? ‘ Et ‘2) Comment ces personnes errantes vivent-elles leur expérience  » itinérante « ?’ Nous avons ainsi été en mesure de retracer les perceptions de sept personnes fréquentant des organismes communautaires du côté de Gatineau sur leurs trajectoires itinérantes. Malgré le fait qu’ils aient tous un  » profil  » bien différent, les itinérants interrogés partagent certains éléments en commun. Les théories de l’exclusion proposées par Castel (1994, 1995), De Gaulejac et Taboada Léonetti (1994) ainsi que Paugam (2002) permettent de comprendre le processus similaire dans lequel chacun passe lors de ses  » épisodes  » d’itinérance. Trois thèmes centraux sont ressortis de nos entretiens avec des personnes qui ont vécu un ou des épisodes d’itinérance : 1) le rapport avec le temps, 2) le rapport avec l’espace « public » et  » communautaire « , et 3) le rapport avec les autorités. Tout d’abord, le temps  » itinérant  » et le temps  » carcéral  » sont fort similaires : un itinérant et un détenu doivent inévitablement  » tuer le temps « . Ensuite, l’espace public est un espace transitoire. Nul ne doit  » abuser  » de cet espace : en particulier, les personnes ne disposant pas de propriété privée. Enfin, les institutions communautaires ont peut-être de bonnes intentions initiales et/ou manifestes vis-à-vis de leur clientèle, mais en fin de compte, leur ambition semble surtout se limiter à garantir la survie de cette population voire… à l’entretenir. Paradoxalement, en effet, ces institutions pourraient finalement  » servir  » à immobiliser (spatialement et socialement) leurs clients.